• L’Afrique du Nord

    L’Afrique du Nord

    QUI SONT LES PEUPLES AUTOCHTONES DE L’AFRIQUE DU NORD ?

    Les peuples autochtones de l’Afrique du Nord sont Amazigh ou autrement les Imazighn, souvent connus sous le nom de « Berbères ». Ils diffèrent d’autres peuples de l’Afrique du Nord par leur culture et leur langue – le Tamazight – qui a son propre alphabet ancien, le Tifinagh. Les peuples Amazigh ont divers dialectes et vont de la région du Nord-Ouest de l’Afrique jusqu’à l’Égypte. Ils partagent une origine linguistique et un patrimoine commun avec beaucoup de dialectes comme le Tamacheq, le Tamazight et le Tashlheut. Parmi les différents groupes ethniques Amazigh, on trouve les nomades Touareg de la région du Sud. Les peuples Amazigh pourraient compter plus de 30 millions de personnes en Afrique du Nord, ce qui représente une part significative des peuples d’Algérie, du Maroc et de la Tunisie. Il y a également une large population Touareg dans le Sud de la Libye et Amazigh en Égypte, particulièrement dans l’oasis occidentale. Les îles Canaries étaient autrefois Amazighophone, avant l’assimilation coloniale. Il y a une large population Amazigh dans la diaspora, particulièrement en Europe, aux îles Caraïbes, en Amérique du Nord et en Amérique Latine. Les organisations des droits des peuples autochtones algériens évaluent la population nationale Amazigh à 11 millions de personnes, un tiers de la population totale. Au Maroc, les organisations Amazigh estiment qu’ils représentent entre 65% et 70% de la population.

DROITS DE L’HOMME

Reconnaissance de la langue et de l’identité Amazigh

Durant les années 1950, à cause de l’essor des mouvements de libération dans la région, les nationalistes ont promu une philosophie d’arabisation pour forger une identité commune associée avec l’Islam et la langue Arabe. Ces efforts d’arabisation ont continué durant le 20ème siècle et ont contribué à l’étouffement de la langue et de la culture Amazigh en faveur de l’assimilation.

La langue Amazigh a été bannie de l’apprentissage dans les écoles et l’intégration de la culture et de la langue Amazigh dans les medias est très limitée. La pire période était au Maroc durant le règne de Hassan II où l’identité Amazigh était supprimée agressivement et où l’arabisation culturelle et linguistique était accompagnée d’emprisonnements et de violations des Droits de l’Homme. Au-delà de cette arabisation culturelle, la deuxième moitié du 20ème siècle a été marquée par un manque de reconnaissance de l’existence des peuples Amazigh par les états.

Le couronnement de sa Majesté Mohammed VI a marqué une renaissance des organismes démocratiques au Maroc ainsi que l’établissement de la Commission royale pour la langue et la culture Amazigh.

La situation en Algérie est complexe et sensible. Officiellement, le territoire de Kabylie est reconnu en tant que zone de culture et de langue Amazigh. Dans d’autres départements du pays, particulièrement au Sud et dans la ville de Tamanrasset, le gouvernement poursuit toujours une politique d’arabisation. L’Algérie n’a pas eu la même politique de « transparence» que le Maroc, et durant les insurrections populaires en Tunisie, en Lybie et en Égypte, les forces de sécurité ont continué les punitions, les tortures et les manipulations du système démocratique.

Avec la chute du régime Gaddafi, la Libye est toujours en situation précaire et instable.  Les insurrections populaires de Tunisie (la Révolution du jasmin) ont mené terme à des années de corruptions et de manipulations électorales. La création de médias libres, la participation publique et l’organisation d’une société civile a aussi ouvert la porte à une nouvelle expression de l’identité Amazigh en Tunisie.

Les droits et la législation des peuples autochtones (The rights and the indigenous peoples of the legislation)

Le manque de reconnaissance des peuples Amazigh a été accompagné d’un déni de leurs droits fondamentaux. Pendant les décennies après l’indépendance des états africains du Nord, les gouvernements et les organismes judiciaires étaient hostiles à la protection des droits des peuples Amazigh. Le Maroc s’est retiré de l’Union Africaine en raison de conflits concernant le Sahara Occidental.

Le manque de reconnaissance des droits fonciers Amazigh a permis aux états d’entrer dans un nombre de terres, d’eaux et de forêts autochtones. Ceux-ci ont été redistribués aux élites et aux investisseurs nationaux, ce qui a exacerbé la pauvreté et la précarité des peuples Amazigh. Cette situation est encore actuelle au Maroc où la corruption de l’état facilite l’annexion d’une zone urbaine importante à Agadir, une banlieue connue pour ses larges forêts d’argans et promise aux Amazigh par le Roi Mohammed V.

CHANGEMENT CLIMATIQUE ET ENVIRONNEMENTAL

Les peuples Amazigh font face à de nombreuses pressions environnementales et climatiques. La surexploitation des aquifères rend l'accès à l'eau potable insuffisant et difficile. Les communautés Amazigh souffrent également de la déforestation, de l'extinction des zones animales et végétales ainsi que de la dégradation des pâturages dans la région. Ces pressions environnementales ont récemment pris de l'ampleur avec le changement climatique actuel qui mène à des problèmes environnementaux et à une intensité accrue des sécheresses en Afrique du Nord.

Certaines entreprises multinationales dans le bassin d'Ahnet près de la ville d’In Salah, en Algérie dans le Hoggar et le bassin d'Illizi en Ajjer utilisent la technologie de fracturation hydraulique ("fracking") pour exploiter le gaz de schiste. Cette technique est très controversée et affecte les habitants de la ville. La population du Sahara algérien a déclenché un mouvement de solidarité pour la ville d’In Salah. Cependant, les multinationales soutenues par le gouvernement algérien continuent de polluer la terre.

La défense de l'environnement et des droits des Amazighs à leurs terres (The defense of the environment and the rights of the Amazigh to their land)

Les questions environnementales et territoriales ont récemment pris de l'importance au cœur du militantisme amazigh en Afrique du Nord. Le Mouvement culturel amazigh a publié plusieurs communiqués de promotion des droits des Amazighs à leurs terres. En outre, Tamaynut et Tamunt n'Iffus sont maintenant impliqués dans les conventions multilatérales sur l'environnement des Nations Unies: La Convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) et la Convention sur la diversité biologique (CDB).

L’IPACC soutient les associations amazigh pour qu’elles organisent une série d'ateliers de formation en collaboration avec le ministère marocain de l'Environnement pour préparer aux COP21 et 22. Les organisations Amazighs ont un comité directeur national pour se préparer à accueillir la 22ème Conférence des Parties à la CCNUCC à Marrakech en 2016.